Voici mon dernier article paru dans L’Express du Pacifique.

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L’utilité fondamentale de la taxe carbone

Le 22 avril dernier, les maires de Metro Vancouver ont demandé que la controversée taxe provinciale sur le carbone soit investie dans les transports publics. Voilà une remarquable démonstration que nos élus ont parfois des bonnes idées.  Reste à s’assurer que l’argent recueilli par cette taxe soit utilisé à bon escient.

Depuis juillet 2008, le gouvernement provincial perçoit une taxe sur le carbone, la seule de son genre en Amérique du Nord. S’il n’est jamais plaisant de payer des taxes, celles-ci sont nécessaires pour payer nos infrastructures et pour agir sur l’économie. Les taxes ont aussi pour objectif d’essayer de limiter des effets indésirables ou de favoriser des effets vertueux. Et c’est dans cet esprit que le gouvernement provincial eut l’excellente idée de taxer le carbone qui détruit notre environnement. Par contre, dans ce même élan, il n’eut pas la bonne idée de favoriser des alternatives aux transports individuels. Au lieu de cela, nous avons une taxe sur le carbone, mais pas d’alternatives offertes à la population.

Cette taxe se veut «financièrement neutre». C’est à dire qu’elle est accompagnée de réductions d’impôts, le gouvernement ne gagnant pas un sou sur cette taxe. Ce que vous ne savez sans doute pas, c’est que les réductions en question ne touchent pas vraiment monsieur et madame tout le monde. La majorité d’entre elles (les deux tiers environ) sont en fait des baisses d’impôts des sociétés. Pire encore: d’ici 2012, alors que la taxe sur le carbone va tripler, passant de 2,41 à 7,2 ¢/litre, il est prévu que la totalité des réductions l’accompagnant toucheront les impôts des sociétés.

Le 22 avril dernier, en pleine campagne électorale provinciale, les maires de Metro Vancouver ont pris une excellente initiative. Ils ont demandé aux partis de garder la taxe sur le carbone (ce qui est la chose responsable à faire), mais qu’en contrepartie, l’argent recueilli soit plutôt investi dans les transports publics, afin d’aider justement les personnes les plus susceptibles de subir cette taxe: les automobilistes.

Quoi qu’en disent ou pensent les experts des technologies nouvelles, une automobile sera toujours plus polluante que les transports publics. Car la pollution générée par celle-ci commence bien avant qu’elle ne se retrouve chez le concessionnaire. Sa fabrication et son assemblage sont aussi des activités très néfastes pour l’environnement, et, au final, en conduire une petite n’est que légèrement moins nuisible que d’en conduire une grosse.

Qui plus est, nous nous en sommes rendus complètement dépendants – essayez de vivre sans en banlieue! Non seulement il n’est pas facile de changer nos habitudes, mais surtout nous avons besoin de créer les infrastructures (bus, métro, trains, pistes cyclables, etc.) nous rendant moins dépendants de la voiture. Or, utiliser les revenus générés par la taxe sur le carbone peut réellement donner un coup de pouce considérable à la tâche de réduire notre «dépendance automobile».

Un double rôle fâcheux

L’idée des maires d’investir les revenus de la taxe sur le carbone dans les transports publics est une riche idée. Mais il reste à s’assurer que ces revenus sont bien investis. Or justement, l’un des problèmes ici en Colombie-Britannique est le double rôle des sociétés comme Translink qui s’occupent non seulement de transports publics, mais également de la gestion des routes et autoroutes.

Ce double rôle de Translink vient en quelque sorte brouiller la donne sur la société publique. Effectivement, on ne peut jamais être sûr si une augmentation des deniers chez Translink sera investie en transports publics ou en routes (donc en transports individuels). À Montréal par exemple, les choses sont différentes. La STM (Société de Transport de Montréal) s’occupe uniquement de transports publics (métro et bus). La gestion des routes est laissée aux municipalités. Cette division des tâches clarifie les rôles de chacun.

Translink est justement en période de réflexion et de remise en cause de ses priorités : son plan Transport 2040 imagine l’avenir des transports (et des moyens pour y arriver) de Metro Vancouver. Et la société publique encourage la participation de tous via le site web dédié à ce projet: www.bepartoftheplan.ca.

Le manque à gagner de Translink, prévu à 150 millions de dollars par année jusqu’en 2011, pourrait être financé par les revenus générés par la taxe sur le carbone ainsi que par un allégement de ses responsabilités. Conséquemment, l’on aidera non seulement les usagés des transports publics, mais l’on pourra également donner une alternative aux personnes ayant présentement besoin de leurs véhicules pour leurs besoins en transport. Et ceci bénéficiera non seulement à l’environnement, mais aussi à la société toute entière.

Frédéric Van Caenegem

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