Publié dans L’Express du Pacifique

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« L’éternelle vigilance est le prix de la liberté. » (Thomas Jefferson)

L’abstention ne cesse de grimper à chaque élection, la population ne fait plus confiance à son gouvernement, les médias biaisent le débat politique et la corruption se généralise : en ce début de XXIe siècle, la démocratie est une nouvelle fois en crise. Mais au-delà des hypothèses et théories qui expliquent cette situation, c’est le peuple qui est, en démocratie, ultimement responsable de ses succès comme de ses échecs.

Après la Première Guerre mondiale et l’effondrement des dynasties impériales du centre et de l’est de l’Europe, le vieux continent connaissait une démocratisation rapide. En 1919, il y avait près d’une trentaine d’États démocratiques en Europe. Moins de 20 ans plus tard, il n’en restait plus qu’une douzaine ! À une exception près – la Tchécoslovaquie –, toutes les démocraties nées au lendemain de la Grande Guerre s’étaient effondrées, remplacées par des régimes autoritaires ou totalitaires. Il ne restait presque plus que les vieilles démocraties du nord et l’ouest de l’Europe. Cette période (1919-1939) est connue sous le nom de « crise de la démocratie ».

À partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, outre l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, quelques autres pays (Australie, Japon, Inde, etc.) ont connu l’expérience démocratique. Avec des hauts et des bas, la démocratie a continué à exister jusqu’à nos jours. Elle a même connu une expansion importante dans les années 1990 en Europe de l’Est et en Amérique latine, et relativement peu de revers. Mais parallèlement à ce développement, les démocraties sont de plus en plus critiquées par les citoyens qui vivent sous leur régime.

Une manière efficace de calculer l’insatisfaction populaire face à la démocratie est bien sur le taux de participation aux élections. Ce dernier est en baisse constante depuis les années 60 et 70 dans la grande majorité des pays démocratiques. Lors des élections provinciales du 12 mai dernier, la participation a atteint seulement 49 % en Colombie-Britannique, le plus faible taux jamais enregistré au Canada.

Il existe autant de théories que de remèdes face à la hausse du taux d’abstention. Comme le souligne le philosophe français Serge Depaquit dans son ouvrage Renouveler la démocratie, oui… mais comment ?, des possibilités d’avancement social de plus en plus difficiles constituent la principale explication à l’abstention politique. Les riches restent riches et les pauvres restent pauvres, indépendamment de la capacité individuelle à changer son destin. Une situation qui entraîne une attitude de « je-m’en-foutisme » et de « ça ne change rien » face à la société, y compris concernant l’acte de voter.

On remarque également que la crédibilité de nos élus est, sinon nulle, du moins très faible. Sondage après sondage, les politiciens constituent la classe professionnelle ayant le plus faible taux de confiance au sein de la population. Les exemples d’abus de pouvoir ne font que renforcer cette impression négative : on peut penser au scandale des commandites, l’affaire Schreiber, sans oublier les mensonges répétitifs de l’administration Bush, les comptes secrets de Jacques Chirac en France, et j’en passe.

À la corruption politique s’ajoute aussi la connivence généralisée de la classe politique avec des intérêts financiers puissants, ceux qui contrôlent les mass media. Cette situation donne énormément de pouvoirs aux spécialistes en relations publiques, une classe professionnelle aujourd’hui sans doute plus influente que les élus eux-mêmes. Après tout, si George W Bush a été élu président des États-Unis, c’est grâce au génie médiatique de son directeur de campagne, Karl Rove.

Balayer devant sa porte

Mais au-delà des raisons sociologiques, économiques ou technocratiques pour expliquer la crise démocratique du XXIe siècle, ce régime exige une société composée d’individus libres et responsables. Si la démocratie se porte mal, c’est ultimement parce que tel est le souhait de la population. Un sondage réalisé juste après la dernière élection provinciale indiquait que 64 % des Britanno-Colombiens étaient déçu du résultat du scrutin. Mais comment peut-on être déçu de sa propre décision ?

« On a les politiciens qu’on mérite », affirme le dicton populaire et je le crois réellement. Après tout, les spécialistes en relations publiques ne seraient pas si puissants si… on ne les écoutait pas. Personne ne nous force à croire les menteurs, et si on pense réellement que « tous les politiciens sont corrompus », alors il est de notre responsabilité de faire quelque chose, se présenter nous-même ou réfléchir aux raisons de cette situation. Râler est certes notre droit, mais la démocratie donne à chacun de nous la responsabilité de réfléchir et se questionner sur le monde qui nous entoure.

Frédéric Van Caenegem

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