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Mon dernier article, publié dans l’Express du Pacifique:

Sécurité dans les aéroports : faut-il revoir le modèle ?

Depuis quelques mois, les grands aéroports canadiens sont équipés de scanners corporels dernier cri, permettant de voir à travers les vêtements. Cette nouvelle technologie n’améliore en rien la sécurité aérienne – pire, elle peut accentuer l’inefficacité du système. La méthode israélienne, axée sur le contact humain, semble plus efficace.

«S’il y avait une bombe, on ne s’en rendrait même pas compte!» C’est ce que m’a confié un ami, il y a plusieurs années, alors qu’il revenait de son travail d’agent de sécurité à l’aéroport de Montréal, frustré comme toujours. Un peu partout dans le monde, le personnel aéroportuaire est fatigué, souvent grincheux et rarement sympathique. Or, c’est là que réside la principale faille de la sécurité dans les aéroports. Au fur et à mesure que de nouveaux moyens de sécurité font leur apparition, notre dépendance aux nouvelles technologies augmente… quant au contrôle humain, il se réduit. Résultat: on se retrouve avec une fascinante technique de surveillance contrôlée par des individus inattentifs!

Outre les polémiques liées au respect de la vie privée, les nouveaux scanners ne règlent pas le problème. Ces appareils ne peuvent rien contre certaines méthodes des terroristes. À titre d’exemple, l’année dernière, un kamikaze a réussi à passer à travers les barrages de sécurité de l’aéroport  de Djeddah en Arabie Saoudite alors que des explosifs étaient cachés… à l’intérieur de son corps. Il envisageait d’assassiner un membre de la famille royale saoudienne. Comme l’explique Rafi Sela, un expert en sécurité qui a longtemps exercé sa profession en Israël, la meilleure manière de combattre un terroriste «est de le regarder dans les yeux».

Le modèle israélien

Israël est un État qui compte de nombreux ennemis. Après une série de détournements d’avion et d’attentats dans les années 1970, le pays a considérablement renforcé sa sécurité aérienne et a surtout revu son approche sécuritaire. On ne peut que constater son efficacité: aucune catastrophe de ce type répertoriée depuis plus de 30 ans! La méthode du système israélien ne consiste pas à traquer les objets dangereux, mais les personnes dangereuses.

On peut observer l’importance du dispositif de sécurité avant même d’arriver à l’aéroport international Ben Gourion, le seul du pays. La liste des passagers de tous les vols en provenance ou à destination d’Israël est régulièrement transmise aux services secrets israéliens. Dans l’aéroport et à l’intérieur des avions se cachent des agents habillés en civil. La sécurité à l’aéroport Ben Gourion est basée sur le principe de zones de sécurité circulaires et non sur le concept de la «barrière infranchissable», typique des aéroports nord-américains. De ce fait, l’enregistrement des bagages à une borne automatique est impossible. Le voyageur doit obligatoirement se rendre au comptoir de la compagnie aérienne. Le personnel et les douaniers lui posent alors beaucoup de questions.

Ce système repose sur la multiplication des interactions humaines – une terminologie savante signifiant «parler à de nombreuses personnes» – censée déstabiliser les terroristes. Bien sûr, tout ceci requiert une organisation un peu différente. D’abord, la majorité du personnel affecté à la sécurité est composée de réservistes, rompus aux méthodes militaires. De plus, pour s’assurer que les agents gardent l’esprit vif et attentif, ceux-ci travaillent uniquement à temps partiel. Toujours dans l’optique d’optimiser les capacités d’observation, les procédures administratives sont réduites au strict minimum.

Les limites du système

Comme elle consiste à porter une attention particulière aux individus potentiellement suspects, la technique israélienne dérive vers la discrimination ethnique. C’est l’aspect  dérangeant de ce modèle. Ainsi, un jeune homme arabe recevra plus d’attention et sera soumis à plus de questionnements qu’une vieille dame juive, car statistiquement, il y a plus de risques que ce dernier soit un terroriste.

La méthode israélienne ne peut être appliquée entièrement au Canada. La discrimination ethnique est interdite et elle apparaît honteuse à la majorité de la population. Cependant, certains éléments peuvent être adaptés aux aéroports du pays. Avoir des agents reposés et non frustrés est la clé d’un système sûr. Limiter les procédures administratives, privilégier le contact humain et réduire au minimum les enregistrements automatiques aiderait fortement les agents de sécurité à faire leur travail. La sécurité aéroportuaire serait assurée, ce qui est loin d’être le cas avec ces nouveaux gadgets onéreux décriés avant même leur entrée en service.

Frédéric Van Caenegem

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Ma dernière chronique, publiée dans L’Express du Pacifique:

Les petits chefs prennent des décisions en consultant les sondages, les leaders charismatiques en suivant leur conscience. Si les premiers peuvent gagner en popularité, les seconds conservent toujours leur crédibilité. Les prises de positions successives de Carole James et du Nouveau Parti Démocrate illustrent parfaitement cette dualité.

Ces dernières années, les néo-démocrates provinciaux, sous la gouverne de Carole James, ont maintes fois adopté des positions populistes et profondément irresponsables. Par exemple, le Nouveau Parti Démocrate (NPD) se dit en faveur du développement durable mais soutient l’expansion du système autoroutier de la province. Le parti a aussi farouchement fait campagne contre la taxe carbone de la Colombie-Britannique, la seule en Amérique du Nord. Alors que cette dernière est si faible qu’elle n’a aucun impact réel, qu’il soit économique ou environnemental, dans la province.

Depuis plusieurs mois, le NPD a trouvé une autre cause populiste. Il s’agit encore d’un impôt, cette fois-ci la «terrible» taxe de vente harmonisée (TVH, HST en anglais). Comme la taxe carbone, la TVH n’aura que des effets limités sur les ménages de la province. La critiquer revient au final à une action populiste qui n’a pas beaucoup de contenu. Un acte simpliste très facile. Après tout, personne n’aime payer ses impôts mais tout le monde le fait car cela est nécessaire à la bonne santé de la démocratie et de la vie en société.

La question n’est pas de savoir si la population aime ou non payer ses impôts, mais plutôt si les deniers publics sont perçus et dépensés à bon escient. Des politiciens responsables peuvent certes avoir des positions différentes et s’opposer à celles de leurs adversaires. Les dérives populistes se produisent lorsqu’ils disent n’importe quoi pour se faire élire. Ceci est, hélas, un art qui fonctionne trop souvent.

Aller à contre-courant

Tony Blair a pris une position profondément impopulaire en 2003. Les Britanniques étaient à 90 % opposés à sa position d’envoyer des troupes en Iraq. Trois millions de personnes ont manifesté dans les rues de Londres contre cette décision. Et cependant, il a remporté l’élection suivante! Malgré l’opposition des Britanniques, il a su prendre une position responsable (du moins à ses yeux), et une partie non négligeable de la population a su le reconnaître. L’art de prendre des décisions impopulaires mais de gagner en crédibilité s’appelle le charisme.

Les récents sondages démontrent que les néo-démocrates de Carole James sont en position de force. Ceci s’explique, en bonne partie, grâce à leur opposition à la TVH. Cependant, un sondage Angus-Reid, publié le 18 avril dernier, montre que s’il existait un autre parti de centre-gauche, ce dernier remporterait l’élection. Le NPD est loin devant les Libéraux, mais aussi loin derrière un parti imaginaire! Les prises de positions éphémères ne dupent pas la population. Carole James n’a aucune crédibilité auprès des Britanno-Colombiens. Le débat sur la taxe de vente harmonisée l’illustre parfaitement.

Après tout, le taux de taxation est beaucoup plus important que la forme d’imposition. Si la TVH n’est pas adoptée, rien n’empêche le gouvernement d’augmenter le niveau de taxation par simple décret. Ce débat autour d’une forme de taxe (la TVH) confirme le manque de sérieux de ceux qui dirigent cette campagne sans solutions. Ils sont contre la TVH, mais que proposent-ils?

Au final, le principal problème vient du fait que le gouvernement libéral et son ministre des Finances, Colin Hansen, ont très mal géré la communication de cette taxe. Elle fut si mauvaise qu’il me paraît maintenant évident qu’elle fut volontairement exécrable. Le but de la TVH pour le Parti libéral n’est pas d’ordre financier mais d’ordre politique. Il s’agit de canaliser les frustrations, inévitables après trois mandats consécutifs, afin de se replacer en position favorable pour la prochaine élection. Les échecs du Parti libéral, qui aura sans doute un nouveau chef, ne seront plus le centre d’attention du gouvernement lors des élections en 2013. La stratégie est simple. Ce qui est surprenant par contre, c’est la facilité avec laquelle le NPD est tombé dans le piège.

Frédéric Van Caenegem

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Diffusez la vérité… qu’elle quel soit.

J’ai reçu récemment un courriel concernant les propos horrible d’un soit disant sociologue musulman français concernant l’islamisation en France et en occident.  Le seul problème est que ce Mohamed Sabaoui… n’existe pas.

Avant de réacheminé quelques calomnies à gauche et à droite il faut vérifier les sources.

Voici les faits:
http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=69731
http://www.monde-diplomatique.fr/1997/06/ROUSTEL/8738.html

Et surtout, un communiqué officiel provenant du recteur de l’Université Catholique de Lille, et disponible directement sur le site web de l’Université Catholique de Lille:

http://adminor.univ-catholille.fr/documents/com-presse-presidence-ms-08.pdf

Frédéric Van Caenegem

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Voici mon dernier texte publié dans l’Express du Pacifique.
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L’élection provinciale de l’an dernier était la quatrième de Gordon Campbell, la seconde de Carole James et la première de Jane Sterk à la tête de leurs partis respectifs. La longévité de certains et le manque de résultats probants des autres se combinent pour laisser place à une élection prochaine, fixée à 2013, avec possiblement trois nouveaux chefs provinciaux.

La spéculation politique est un domaine très périlleux. Les prédictions qui en découlent sont souvent tournées en dérision quelques mois plus tard. En effet, il est absolument nécessaire que la spéculation soit basée sur une analyse réaliste de la situation. Cependant, comme l’explique l’écrivain américain Tom Clancy: «La différence entre réalité et fiction? La fiction, elle, doit être vraisemblable.» Regardons de plus près la situation spécifique des trois chefs provinciaux.

Gordon Campbell: le temps du renouvellement

Après avoir été maire de Vancouver pendant sept ans, Gordon Campbell est devenu chef du parti libéral en 1993. Lors de l’élection de 1996, il est à deux doigts de devenir premier ministre. La chance lui sourit enfin en 2001, année de la débâcle électorale du Nouveau Parti Démocrate (NPD). Gordon Campbell et les libéraux remportent 77 des 79 sièges de l’assemblée provinciale.

Commence alors un règne qui continue encore aujourd’hui. Socialement libéral et fiscalement conservateur, la force de Gordon Campbell est d’unir les forces de la droite sans froisser les éléments centristes de son électorat. Il arrive même à se donner une crédibilité auprès de certains écologistes avec la mise en application de la seule taxe carbone en Amérique du Nord. Réélu en 2005, sa cote de popularité est cependant en chute libre depuis la dernière élection de mai 2009. Un sondage réalisé en novembre dernier par la firme Angus Reid démontre que les libéraux sont à 14% d’intentions de vote derrière le NPD.

La très impopulaire taxe harmonisée (HST), annoncée à peine un mois après sa réélection, explique en grande partie cette désaffection. À l’impopularité de la HST s’ajoute la mauvaise gestion du très onéreux dossier olympique et le scandale de la vente de BC Rail. Ces affaires, conjuguées au fait qu’il est chef de son parti depuis 1993, encouragent la spéculation sur sa succession. Les noms les plus cités à cet égard sont Colin Hansen, actuel ministre des Finances, Carole Taylor, ancienne ministre des Finances ou Diane Watts, maire de Surrey.

Carole James: échecs répétés

C’est dans le contexte suivant l’échec électoral de 2001 que Carole James est devenue chef du NPD. Elle mène son parti vers une remarquable remontée en 2005, où le NPD est passé de 2 à 33 députés. L’élection de 2009 a finalement confirmé des résultats ex æquo avec ceux de 2005. Le parti de Carole James stagne à 42% des voix. Ce second échec consécutif éveille discrètement des doutes concernant la direction…

Une critique récurrente est le style oratoire de Carole James. Pourtant réputée décontractée et amicale en privé, son image publique donne l’impression d’un personnage stoïque, presque froid et calculateur. Un autre élément à son désavantage est la montée d’une nouvelle génération de néo-démocrates qui semblent parfois aussi, sinon plus, compétents qu’elle. On peut nommer Gregor Robertson, maire de Vancouver, ou encore Adrian Dix, porte-parole de l’opposition en matière de santé.

Pour l’instant, Carole James réitère qu’elle sera chef en 2013 et personne ne remet publiquement en cause ses qualités de dirigeante. Cependant, la convention générale du NPD se tiendra en 2011. Nul doute que les discussions et négociations ont déjà commencé en coulisses.

Jane Sterk: le courant ne passe pas

Devenue chef du parti vert en 2007, Jane Sterk avait pour ambition d’agrandir sa base et de décrocher le premier siège de son parti. Ses ambitions sont tombées à l’eau lors de l’élection de mai 2009: elle n’a récolté aucun siège, et qui plus est les verts ont recueilli moins de voix qu’à l’élection précédente. Cumulant 12% des voix en 2001, ils sont tombés à 9% en 2005, et à 8% en 2009…

Quoi qu’il en soit, il semble simplement que le courant ne passe pas entre le public et la sympathique Jane Sterk. Elle connaît ses dossiers et sait s’exprimer en public, mais cela n’est pas toujours suffisant. Tout comme Carole James, Jane Sterk réitère qu’elle restera chef du parti vert en 2013. Mais là aussi, sa direction est contestée. Parmi les prétendants au poste, Damian Kettlewell, maintes fois candidat, ou encore Andrea Reimer, conseillère municipale de Vancouver, sont des noms qui circulent.

Trois ans sont une éternité en politique. Plusieurs événements peuvent se produire d’ici là. Il est possible que certains députés libéraux soient destitués, ce qui pourrait faire perdre la majorité à Campbell et déclencher des élections anticipées. Une combinaison d’expérience, de probabilité et d’intuition me laisse à penser que deux des trois chefs actuels ne seront plus à leur poste d’ici 2013…

Frédéric Van Caenegem

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Voici ma dernière chronique publiée dans L’Express du Pacifique.

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Il existe autant de personnalités différentes que de personnes dans ce monde. Cette richesse est un atout remarquable pour l’humanité toute entière. Mais alors que nous avons tous nos forces et nos faiblesses, est-il possible que certaines pratiques sociales nuisent spécifiquement à certains types d’individus ?

Les droits de l’homme ont connu de grandes avancées ces derniers siècles. Depuis l’abolition de l’esclavage, l’obtention du droit de vote des femmes, jusqu’à la légalisation du mariage entre deux personnes du même sexe, les droits de l’homme tendent à s’appliquer à de plus en plus de monde. Ces évolutions ont permis à de nombreux individus d’apporter leur contribution à la société dans laquelle ils vivent. Mais au-delà de ceci, la disparition progressive des discriminations a un autre avantage. La diversité engendrée offre d’énormes opportunités aux organisations, communautés et nations qui pratiquent ainsi l’intégration des différences dans le respect.

Mais à l’heure où de nombreuses discriminations ne sont plus tolérées, il existe un domaine où elles sont non seulement courantes, mais possiblement même en augmentation: celui de la personnalité.

Quiconque vit dans une famille nombreuse remarque que, même s’il partage plusieurs similarités avec ses frères et sœurs, il existe cependant des différences qui apparaissent dès l’enfance et évoluent tout au long de notre vie. Il y a le frère calme qui ne parle pas beaucoup, la petite dernière qui pleure lorsqu’il est l’heure du bain, etc. Autrement dit, nous avons tous des personnalités différentes, avec nos qualités et nos défauts. On pourrait presque dire que la vie consiste à apprendre à développer nos talents et accepter nos faiblesses. Mais là est un autre sujet de discussion.

Il existe de nombreux tests de personnalité aux usages souvent très utiles. Ce qui est plus problématique est l’utilisation parfois inappropriée de ces derniers pour sélectionner les bons candidats pour tel ou tel emploi. Ces pratiques sont souvent légitimées par la nécessité de cohésion du groupe de travail.

Cependant, un des dangers provenant de ces pratiques discriminatoires est l’apparition de la «pensée de groupe». Cette dernière survient lorsque les différents membres d’une organisation ont souvent les mêmes préoccupations, les mêmes valeurs et les mêmes priorités. Les mêmes méthodes de travail sont souvent utilisées, on obtient donc les mêmes résultats, et on prône les mêmes solutions face à une problématique. Le danger lorsque la «pensée de groupe» survient est que souvent les mêmes erreurs sont répétées.

Une étude, Columbia Accident Investigation Board Report, publiée quelques mois après le désastre de la navette Columbia en 2003, blâmait sévèrement la NASA d’entretenir une culture de «pensée de groupe». Cela implique trop peu d’ingénieurs aux postes de décisions, plutôt attribués à des gestionnaires issus des écoles de commerce. Le manque de discussions techniques qui en découle a fortement contribué aux accumulations d’erreurs, entraînant le désastre qui a coûté la vie à sept astronautes et retardé le programme spatial américain.

La survie de l’espèce humaine ?

Elaine Aron explique dans son livre Mieux comprendre l’hypersensibilité (Éditions de l’Homme, 1996) que toute société humaine est composée de deux types d’individus. Les premiers, qu’elle nomme les «rois-guerriers», tendent à prendre des risques, à être agressifs, et font que la société est en expansion. Les seconds, les «prêtres-conseillers», sont prudents, réservés, et font que la société survit en cas de problème. Au-delà de leurs différences, la survie de la société dépend toutefois de la coopération entre ces individus. Tout groupe, entreprise, gouvernement, ministère, association de quartier, etc., a besoin de ces deux achétypes pour survivre. Sinon s’en suivent des dysfonctionnements majeurs.

Or, selon l’auteur, les «prêtres-conseillers» ont perdu de l’influence par rapport aux «rois-guerriers» depuis ces cinquante dernières années. La raison en est que la société dans laquelle nous vivons promeut des rendements élevés dans des environnements stressants, qui mettent peu d’emphase sur la réflexion.

Dans un article de Josée Blanchette paru dans Le Devoir du 16 octobre 2009 sur le même sujet, cette dernière explique: «On souhaite des médecins empathiques mais ils doivent surtout pouvoir expédier une consultation en cinq minutes. Cela mène à une pénurie de docteurs, d’infirmières, de professeurs plus sensibles.»

De nombreux individus sont donc victimes d’une discrimination subtile qui paraît même légitime. Certains processus ou environnements de travail empêchent souvent certaines personnes plus sensibles de développer leurs capacités. Le contraire est sans doute également vrai, ce qui expliquerait pourquoi il y a aussi peu de médecins empathiques que d’artistes organisés. La première étape afin de rectifier ces injustices est bien sûr de réaliser que ces discriminations existent. Si certains facteurs portent atteinte à la capacité d’épanouissement de nombreuses personnes, alors les perdants sont non seulement les personnes affectées, mais également tous ceux qui pourraient bénéficier de leur contribution à la société. Ce qui, en définitive, signifie tout le monde.

Frédéric Van Caenegem

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Voici ma dernière chronique publiée dans L’Express du Pacifique.

Vancouver semblait destinée à créer des Jeux olympiques pour tous. Hélas, les rêves des débuts se sont vite évaporés. L’événement de 2010 n’a, au final, que très peu en commun avec le projet présenté à la population lors du référendum de 2003.

Les Jeux olympiques modernes, peu importe où ils se tiennent, créent d’énormes opportunités certes, qui sont malheureusement souvent très mal réparties. À de rares exceptions près, ils servent les biens des nantis et finissent toujours en dettes publiques. Celle des Jeux olympiques de Montréal de 1976  était si élevée qu’elle n’a finalement été remboursée qu’en 2006 !

Lorsque la ville de Vancouver a déposé sa candidature pour les Jeux d’hiver de 2010, le dossier comptait beaucoup d’éléments positifs axés sur le développement durable, la justice sociale et la responsabilité financière. Le projet était donc né de bonnes intentions. Mais graduellement, les choses se sont envenimées. Si bien que maintenant, on peut constater que « les Jeux les plus verts de l’histoire » sont déjà un désastre alors qu’ils n’ont même pas encore commencé ! Par exemple, près de 100 000 arbres ont été détruits lors de l’élargissement de l’autoroute Sea to Sky qui relie Vancouver à Whistler. Alors qu’une ligne de chemin de fer entre les deux villes est déjà exploitée à des fins récréatives par une entreprise locale. D’autre part, environ 250 000 visiteurs sont attendus : selon une étude de la Fondation David Suzuki, ils seront responsables de la production de 76 % des émanations de gaz à effets de serre pendant la période des Jeux. Cependant, ces chiffres ne sont pas pris en compte dans les calculs du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver (COVAN).

Le risque des expulsions

Health Care Before Olympics

Une des images, circulant sur internet et les médias alternatifs, critiquant les Jeux olympiques (crédit: Corey Rollins / AdHack.com).

Le constat est sans doute encore plus désastreux d’un point de vue social. Le programme même du COVAN prévoyait qu’il n’y aurait aucune expulsion de locataires d’habitations à loyer modique. Le 15 juin dernier, le gouvernement provincial a pourtant refusé, au nom de la liberté de commerce, une initiative de la ville visant à freiner les expulsions d’ici mars 2010. Elle aurait limité les abus pendant la période très fructueuse des Jeux olympiques, surtout vis à vis d’occupants pas forcément très bons payeurs. Le rejet de cette initiative se fait au détriment du droit au logement – droit fondamental pourtant reconnu par la charte des Nations Unies.

La pratique, qui a pu être observée par différents médias, notamment dans les hôtels-résidentiels du Downtown Eastside, consiste généralement à expulser les locataires en invoquant des rénovations « nécessaires » – souvent très légères – et de relouer les lieux à un prix nettement plus élevé. Alors même que le COVAN se montre en mesure de trouver un toit à plus de 5 000 athlètes et officiels pour trois semaines, la ville de Vancouver est incapable de résoudre sur son territoire le problème des sans-abri, dont le nombre est estimé à 3 500 !

Dépenses inconsidérées

L’argent, c’est bien connu, constitue le nerf de la guerre. Les JO devaient coûter initialement environ 1,75 milliard de dollars, selon les premières estimations du COVAN en 2003. Or, plus d’un an avant les jeux, une étude du Vancouver Sun parue le 23 janvier 2009 a établi le coût de l’événement à plus de 6 milliards de dollars ! Ces dépenses sont bien sûr aux frais du contribuable et profitent essentiellement à quelques grands groupes industriels spécialisés dans le développement immobilier.

Parmi les dépenses désastreuses, notons celles liées au nouveau Centre des congrès : le projet de 400 millions de dollars a finalement atteint la bagatelle de 900 millions. Mentionnons également celles du Village olympique, dont le coût originel était estimé à 500 millions. L’entreprise en charge des constructions a d’abord dépassé la facture initiale, avant que les fonds ne soient subitement coupés pour cause de crise financière mondiale. Résultat : la ville de Vancouver se retrouve garante d’une dette estimée à 1 milliard. Ajoutons également à cette liste un autre milliard pour la sécurité, quand le budget s’élevait à « seulement » 200 millions.

Qu’il y ait des dépenses imprévues, cela est normal. Mais celles-ci atteignent aujourd’hui 6 milliards de dollars ! C’est énorme, alors que nous avons d’autres besoins. Les dépenses dans le domaine social (santé, éducation, aides à la pauvreté, etc.) sont continuellement coupées par manque de fonds. Héberger les sans-abri de Vancouver par exemple reviendrait à environ 200 millions de dollars, selon un rapport de la Pivot Legal Society, (Cracks in the Foundation, 2006). Il est triste de constater que nous ne trouvons pas les ressources pour aider les plus défavorisés alors même que nous sommes aptes à dépenser des fortunes inconsidérées pour divertir les plus riches.

Frédéric Van Caenegem

Vancouver semblait destinée à créer des Jeux olympiques pour tous. Hélas, les rêves des débuts se sont vite évaporés. L’événement de 2010 n’a, au final, que très peu en commun avec le projet présenté à la population lors du référendum de 2003.

Les Jeux olympiques modernes, peu importe où ils se tiennent, créent d’énormes opportunités certes, qui sont malheureusement souvent très mal réparties. À de rares exceptions près, ils servent les biens des nantis et finissent toujours en dettes publiques. Celle des Jeux olympiques de Montréal de 1976  était si élevée qu’elle n’a finalement été remboursée qu’en 2006 !

Lorsque la ville de Vancouver a déposé sa candidature pour les Jeux d’hiver de 2010, le dossier comptait beaucoup d’éléments positifs axés sur le développement durable, la justice sociale et la responsabilité financière. Le projet était donc né de bonnes intentions. Mais graduellement, les choses se sont envenimées. Si bien que maintenant, on peut constater que « les Jeux les plus verts de l’histoire » sont déjà un désastre alors qu’ils n’ont même pas encore commencé ! Par exemple, près de 100 000 arbres ont été détruits lors de l’élargissement de l’autoroute Sea to Sky qui relie Vancouver à Whistler. Alors qu’une ligne de chemin de fer entre les deux villes est déjà exploitée à des fins récréatives par une entreprise locale. D’autre part, environ 250 000 visiteurs sont attendus : selon une étude de la Fondation David Suzuki, ils seront responsables de la production de 76 % des émanations de gaz à effets de serre pendant la période des Jeux, mais ces chiffres ne sont pas pris en compte dans les calculs du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver (COVAN).

Le risque des expulsions

Le constat est sans doute encore plus désastreux d’un point de vue social. Le programme même du COVAN prévoyait qu’il n’y aurait aucune expulsion de locataires d’habitations à loyer modique. Le 15 juin dernier, le gouvernement provincial a pourtant refusé, au nom de la liberté de commerce, une initiative de la Ville visant à freiner les expulsions d’ici mars 2010. Elle aurait limité les abus pendant la période très fructueuse des Jeux olympiques, surtout vis à vis d’occupants pas forcément très bons payeurs. Le rejet de cette initiative se fait au détriment du droit au logement – droit fondamental pourtant reconnu par la charte des Nations Unies.

La pratique, qui a pu être observée par différents médias, notamment dans un hôtel résidentiel du Downtown Eastside, consiste généralement à expulser les locataires en invoquant des rénovations « nécessaires » – souvent très légères – et de relouer les lieux à un prix nettement plus élevé.

Alors même que le COVAN se montre en mesure de trouver un toit à plus de 5 000 athlètes et officiels pour trois semaines, la ville de Vancouver est incapable de résoudre sur son territoire le problème des sans-abri, dont le nombre est estimé à 3 500 !

Dépenses inconsidérées

L’argent, c’est bien connu, constitue le nerf de la guerre. Les JO devaient coûter initialement environ 1,75 milliard de dollars, selon les premières estimations du COVAN en 2003. Or, plus d’un an avant les jeux, une étude du Vancouver Sun parue le 23 janvier 2009 a établi le coût de l’événement à plus de 6 milliards de dollars ! Ces dépenses sont bien sûr aux frais du contribuable et profitent essentiellement à quelques grands groupes industriels spécialisés dans le développement immobilier.

Parmi les dépenses désastreuses, notons celles liées au nouveau Centre des congrès : le projet de 400 millions de dollars a finalement atteint la bagatelle de 900 millions. Mentionnons également celles du Village olympique, dont le coût originel était estimé à 500 millions. L’entreprise en charge des constructions a d’abord dépassé la facture initiale, avant que les fonds ne soient subitement coupés pour cause de crise financière mondiale. Résultat : la ville de Vancouver se retrouve garante d’une dette estimée à 1 milliard. Ajoutons également à cette liste un autre milliard pour la sécurité, quand le budget s’élevait à « seulement » 200 millions.

Qu’il y ait des dépenses imprévues, cela est normal. Mais celles-ci atteignent aujourd’hui 6 milliards de dollars ! C’est énorme, alors que nous avons d’autres besoins. Les dépenses dans le domaine social (santé, éducation, aides à la pauvreté, etc.) sont continuellement coupées par manque de fonds. Héberger les sans-abri de Vancouver par exemple reviendrait à environ 200 millions de dollars, selon un rapport de la Pivot Legal Society, (Cracks in the Foundation, 2006). Il est triste de constater que nous ne trouvons pas les ressources pour aider les plus défavorisés alors même que nous sommes aptes à dépenser des fortunes inconsidérées pour divertir les plus riches.

Frédéric Van CaenegemVancouver semblait destinée à créer des Jeux olympiques pour tous. Hélas, les rêves des débuts se sont vite évaporés. L’événement de 2010 n’a, au final, que très peu en commun avec le projet présenté à la population lors du référendum de 2003.

Les Jeux olympiques modernes, peu importe où ils se tiennent, créent d’énormes opportunités certes, qui sont malheureusement souvent très mal réparties. À de rares exceptions près, ils servent les biens des nantis et finissent toujours en dettes publiques. Celle des Jeux olympiques de Montréal de 1976  était si élevée qu’elle n’a finalement été remboursée qu’en 2006 !

Lorsque la ville de Vancouver a déposé sa candidature pour les Jeux d’hiver de 2010, le dossier comptait beaucoup d’éléments positifs axés sur le développement durable, la justice sociale et la responsabilité financière. Le projet était donc né de bonnes intentions. Mais graduellement, les choses se sont envenimées. Si bien que maintenant, on peut constater que « les Jeux les plus verts de l’histoire » sont déjà un désastre alors qu’ils n’ont même pas encore commencé ! Par exemple, près de 100 000 arbres ont été détruits lors de l’élargissement de l’autoroute Sea to Sky qui relie Vancouver à Whistler. Alors qu’une ligne de chemin de fer entre les deux villes est déjà exploitée à des fins récréatives par une entreprise locale. D’autre part, environ 250 000 visiteurs sont attendus : selon une étude de la Fondation David Suzuki, ils seront responsables de la production de 76 % des émanations de gaz à effets de serre pendant la période des Jeux, mais ces chiffres ne sont pas pris en compte dans les calculs du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver (COVAN).

Le risque des expulsions

Le constat est sans doute encore plus désastreux d’un point de vue social. Le programme même du COVAN prévoyait qu’il n’y aurait aucune expulsion de locataires d’habitations à loyer modique. Le 15 juin dernier, le gouvernement provincial a pourtant refusé, au nom de la liberté de commerce, une initiative de la Ville visant à freiner les expulsions d’ici mars 2010. Elle aurait limité les abus pendant la période très fructueuse des Jeux olympiques, surtout vis à vis d’occupants pas forcément très bons payeurs. Le rejet de cette initiative se fait au détriment du droit au logement – droit fondamental pourtant reconnu par la charte des Nations Unies.

La pratique, qui a pu être observée par différents médias, notamment dans un hôtel résidentiel du Downtown Eastside, consiste généralement à expulser les locataires en invoquant des rénovations « nécessaires » – souvent très légères – et de relouer les lieux à un prix nettement plus élevé.

Alors même que le COVAN se montre en mesure de trouver un toit à plus de 5 000 athlètes et officiels pour trois semaines, la ville de Vancouver est incapable de résoudre sur son territoire le problème des sans-abri, dont le nombre est estimé à 3 500 !

Dépenses inconsidérées

L’argent, c’est bien connu, constitue le nerf de la guerre. Les JO devaient coûter initialement environ 1,75 milliard de dollars, selon les premières estimations du COVAN en 2003. Or, plus d’un an avant les jeux, une étude du Vancouver Sun parue le 23 janvier 2009 a établi le coût de l’événement à plus de 6 milliards de dollars ! Ces dépenses sont bien sûr aux frais du contribuable et profitent essentiellement à quelques grands groupes industriels spécialisés dans le développement immobilier.

Parmi les dépenses désastreuses, notons celles liées au nouveau Centre des congrès : le projet de 400 millions de dollars a finalement atteint la bagatelle de 900 millions. Mentionnons également celles du Village olympique, dont le coût originel était estimé à 500 millions. L’entreprise en charge des constructions a d’abord dépassé la facture initiale, avant que les fonds ne soient subitement coupés pour cause de crise financière mondiale. Résultat : la ville de Vancouver se retrouve garante d’une dette estimée à 1 milliard. Ajoutons également à cette liste un autre milliard pour la sécurité, quand le budget s’élevait à « seulement » 200 millions.

Qu’il y ait des dépenses imprévues, cela est normal. Mais celles-ci atteignent aujourd’hui 6 milliards de dollars ! C’est énorme, alors que nous avons d’autres besoins. Les dépenses dans le domaine social (santé, éducation, aides à la pauvreté, etc.) sont continuellement coupées par manque de fonds. Héberger les sans-abri de Vancouver par exemple reviendrait à environ 200 millions de dollars, selon un rapport de la Pivot Legal Society, (Cracks in the Foundation, 2006). Il est triste de constater que nous ne trouvons pas les ressources pour aider les plus défavorisés alors même que nous sommes aptes à dépenser des fortunes inconsidérées pour divertir les plus riches.

Frédéric Van Caenegem

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Publié dans l’Express du Pacifique

Devenir une économie verte n’est pas un sacrifice mais une opportunité à saisir. La nouvelle administration américaine semble enfin prendre en compte le changement climatique, mais le Canada reste encore à la traîne.

C’est bien connu : Le Canada et les États-Unis ne sont pas les sociétés les plus avancées en ce qui concerne le développement durable et l’économie verte. Certains des facteurs qui contribuent à cette situation sont hors de notre contrôle (les hivers froids), d’autres prennent du temps à changer (la taille des villes) et certains peuvent être modifiés relativement rapidement (l’efficacité des voitures). Les changements qui doivent être apportés amènent certains sacrifices, de nouvelles habitudes à prendre mais aussi des opportunités remarquables. L’économie verte, une économie à faible émission de gaz à effet de serre, est également une affaire de gros sous avec des rendements potentiels importants.

Le Canada a manqué de nombreuses occasions d’être sur le devant de la scène et de développer un savoir-faire unique. Par exemple, l’entreprise Zenn, basée au Québec, fabrique des voitures électriques. Au lieu d’avoir le soutien de nos gouvernements, les voitures Zenn sont restées longtemps interdites au pays car elles sont trop lentes ! Au lieu de les autoriser en ville, les autorités canadiennes ont simplement interdit la voiture. La Colombie-Britannique a récemment « légalisé » de manière adaptée les voitures Zenn en créant une nouvelle classe de véhicules qui peuvent être utilisés partout sauf sur les autoroutes. Voilà, pas sorcier !

Basée à Waterloo en Ontario, Arise Technologies est une entreprise spécialisée dans le domaine des cellules photoélectriques. Afin de financer ses recherches, elle eut l’idée de vendre l’énergie produite par son prototype. Mais après des mois de tergiversations, l’entreprise n’arriva pas à faire comprendre sa situation unique à Hydro One, chargée de la production et de la fourniture d’électricité dans la province. Quand Arise Technologies songeait sérieusement à fermer ses portes, des investisseurs allemands se sont montrés intéressés à financer leurs recherches : après plusieurs années de développement, l’entreprise a ouvert en 2006 sa première usine de production de cellules photoélectriques… en Allemagne.

La différence entre le Canada et l’Allemagne ? Les gouvernements allemands successifs (de gauche comme de droite) ont compris l’importance de l’économie verte et des efforts ont été faits en termes de recherche, de ressources et de structures bureaucratiques. Résultat : alors que la production de gaz à effet de serre au Canada a augmenté de 27 % depuis 1990, l’Allemagne l’a diminué de 18 % ! Ce pays a su prendre le virage de l’économie verte avec les énormes avantages, non seulement en amélioration de la qualité de vie, mais également en opportunités économiques remarquables. Aujourd’hui, plus de 5 % de son PIB provient des activités reliées à l’économie verte.

Le Canada et les Etats-Unis en retard

Le Canada et les États-Unis sont vraiment à la traîne dans ce domaine. Mais depuis le 20 janvier 2009 et l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, le Canada est devenu la risée de la communauté internationale. Maintenant que la nouvelle administration américaine prend au sérieux la question du changement climatique, le Canada reste le seul pays du G7 à ne pas prendre d’importantes mesures afin de combattre le réchauffement planétaire.

Barack Obama a mis sur pied des projets ambitieux pour développer l’économie de demain. Les États-Unis vont investir 8 milliards afin de créer un réseau national de TGV (Train à grande vitesse). Il est prévu que le projet californien soit en vigueur en 2018. Le président américain a également annoncé des mesures anti-pollutions plus strictes pour les automobiles, qui devront être 30 % moins polluantes d’ici 2016. Son secrétaire à l’énergie, Steven Chu, est un récipiendaire du prix Nobel de physique qui est très respecté par les milieux environnementaux et industriels.

Le gouvernement canadien quant à lui, ne comprend pas que transformer son économie en une économie moins polluante n’est pas un sacrifice mais surtout une opportunité. Mais il n’est jamais trop tard pour bien agir. Même les pays ayant réduit leur émission de gaz carbonique n’ont pas encore atteint des niveaux qui permettent de maintenir leur productivité économique sur le long terme : il reste d’énormes progrès à faire et donc d’énormes opportunités à saisir.

Le Canada doit prendre le virage vers l’économie verte et le gouvernement doit réaliser les investissements nécessaires pour aller dans cette direction. Je suis convaincu que la population est prête à changer ses habitudes afin d’améliorer notre qualité de vie et notre environnement. Il ne reste plus qu’à élire des responsables qui sont prêts à prendre les initiatives nécessaires.

Frédéric Van Caenegem

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Publié dans L’Express du Pacifique

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« L’éternelle vigilance est le prix de la liberté. » (Thomas Jefferson)

L’abstention ne cesse de grimper à chaque élection, la population ne fait plus confiance à son gouvernement, les médias biaisent le débat politique et la corruption se généralise : en ce début de XXIe siècle, la démocratie est une nouvelle fois en crise. Mais au-delà des hypothèses et théories qui expliquent cette situation, c’est le peuple qui est, en démocratie, ultimement responsable de ses succès comme de ses échecs.

Après la Première Guerre mondiale et l’effondrement des dynasties impériales du centre et de l’est de l’Europe, le vieux continent connaissait une démocratisation rapide. En 1919, il y avait près d’une trentaine d’États démocratiques en Europe. Moins de 20 ans plus tard, il n’en restait plus qu’une douzaine ! À une exception près – la Tchécoslovaquie –, toutes les démocraties nées au lendemain de la Grande Guerre s’étaient effondrées, remplacées par des régimes autoritaires ou totalitaires. Il ne restait presque plus que les vieilles démocraties du nord et l’ouest de l’Europe. Cette période (1919-1939) est connue sous le nom de « crise de la démocratie ».

À partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, outre l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, quelques autres pays (Australie, Japon, Inde, etc.) ont connu l’expérience démocratique. Avec des hauts et des bas, la démocratie a continué à exister jusqu’à nos jours. Elle a même connu une expansion importante dans les années 1990 en Europe de l’Est et en Amérique latine, et relativement peu de revers. Mais parallèlement à ce développement, les démocraties sont de plus en plus critiquées par les citoyens qui vivent sous leur régime.

Une manière efficace de calculer l’insatisfaction populaire face à la démocratie est bien sur le taux de participation aux élections. Ce dernier est en baisse constante depuis les années 60 et 70 dans la grande majorité des pays démocratiques. Lors des élections provinciales du 12 mai dernier, la participation a atteint seulement 49 % en Colombie-Britannique, le plus faible taux jamais enregistré au Canada.

Il existe autant de théories que de remèdes face à la hausse du taux d’abstention. Comme le souligne le philosophe français Serge Depaquit dans son ouvrage Renouveler la démocratie, oui… mais comment ?, des possibilités d’avancement social de plus en plus difficiles constituent la principale explication à l’abstention politique. Les riches restent riches et les pauvres restent pauvres, indépendamment de la capacité individuelle à changer son destin. Une situation qui entraîne une attitude de « je-m’en-foutisme » et de « ça ne change rien » face à la société, y compris concernant l’acte de voter.

On remarque également que la crédibilité de nos élus est, sinon nulle, du moins très faible. Sondage après sondage, les politiciens constituent la classe professionnelle ayant le plus faible taux de confiance au sein de la population. Les exemples d’abus de pouvoir ne font que renforcer cette impression négative : on peut penser au scandale des commandites, l’affaire Schreiber, sans oublier les mensonges répétitifs de l’administration Bush, les comptes secrets de Jacques Chirac en France, et j’en passe.

À la corruption politique s’ajoute aussi la connivence généralisée de la classe politique avec des intérêts financiers puissants, ceux qui contrôlent les mass media. Cette situation donne énormément de pouvoirs aux spécialistes en relations publiques, une classe professionnelle aujourd’hui sans doute plus influente que les élus eux-mêmes. Après tout, si George W Bush a été élu président des États-Unis, c’est grâce au génie médiatique de son directeur de campagne, Karl Rove.

Balayer devant sa porte

Mais au-delà des raisons sociologiques, économiques ou technocratiques pour expliquer la crise démocratique du XXIe siècle, ce régime exige une société composée d’individus libres et responsables. Si la démocratie se porte mal, c’est ultimement parce que tel est le souhait de la population. Un sondage réalisé juste après la dernière élection provinciale indiquait que 64 % des Britanno-Colombiens étaient déçu du résultat du scrutin. Mais comment peut-on être déçu de sa propre décision ?

« On a les politiciens qu’on mérite », affirme le dicton populaire et je le crois réellement. Après tout, les spécialistes en relations publiques ne seraient pas si puissants si… on ne les écoutait pas. Personne ne nous force à croire les menteurs, et si on pense réellement que « tous les politiciens sont corrompus », alors il est de notre responsabilité de faire quelque chose, se présenter nous-même ou réfléchir aux raisons de cette situation. Râler est certes notre droit, mais la démocratie donne à chacun de nous la responsabilité de réfléchir et se questionner sur le monde qui nous entoure.

Frédéric Van Caenegem

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Voici mon dernier article paru dans L’Express du Pacifique.

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L’utilité fondamentale de la taxe carbone

Le 22 avril dernier, les maires de Metro Vancouver ont demandé que la controversée taxe provinciale sur le carbone soit investie dans les transports publics. Voilà une remarquable démonstration que nos élus ont parfois des bonnes idées.  Reste à s’assurer que l’argent recueilli par cette taxe soit utilisé à bon escient.

Depuis juillet 2008, le gouvernement provincial perçoit une taxe sur le carbone, la seule de son genre en Amérique du Nord. S’il n’est jamais plaisant de payer des taxes, celles-ci sont nécessaires pour payer nos infrastructures et pour agir sur l’économie. Les taxes ont aussi pour objectif d’essayer de limiter des effets indésirables ou de favoriser des effets vertueux. Et c’est dans cet esprit que le gouvernement provincial eut l’excellente idée de taxer le carbone qui détruit notre environnement. Par contre, dans ce même élan, il n’eut pas la bonne idée de favoriser des alternatives aux transports individuels. Au lieu de cela, nous avons une taxe sur le carbone, mais pas d’alternatives offertes à la population.

Cette taxe se veut «financièrement neutre». C’est à dire qu’elle est accompagnée de réductions d’impôts, le gouvernement ne gagnant pas un sou sur cette taxe. Ce que vous ne savez sans doute pas, c’est que les réductions en question ne touchent pas vraiment monsieur et madame tout le monde. La majorité d’entre elles (les deux tiers environ) sont en fait des baisses d’impôts des sociétés. Pire encore: d’ici 2012, alors que la taxe sur le carbone va tripler, passant de 2,41 à 7,2 ¢/litre, il est prévu que la totalité des réductions l’accompagnant toucheront les impôts des sociétés.

Le 22 avril dernier, en pleine campagne électorale provinciale, les maires de Metro Vancouver ont pris une excellente initiative. Ils ont demandé aux partis de garder la taxe sur le carbone (ce qui est la chose responsable à faire), mais qu’en contrepartie, l’argent recueilli soit plutôt investi dans les transports publics, afin d’aider justement les personnes les plus susceptibles de subir cette taxe: les automobilistes.

Quoi qu’en disent ou pensent les experts des technologies nouvelles, une automobile sera toujours plus polluante que les transports publics. Car la pollution générée par celle-ci commence bien avant qu’elle ne se retrouve chez le concessionnaire. Sa fabrication et son assemblage sont aussi des activités très néfastes pour l’environnement, et, au final, en conduire une petite n’est que légèrement moins nuisible que d’en conduire une grosse.

Qui plus est, nous nous en sommes rendus complètement dépendants – essayez de vivre sans en banlieue! Non seulement il n’est pas facile de changer nos habitudes, mais surtout nous avons besoin de créer les infrastructures (bus, métro, trains, pistes cyclables, etc.) nous rendant moins dépendants de la voiture. Or, utiliser les revenus générés par la taxe sur le carbone peut réellement donner un coup de pouce considérable à la tâche de réduire notre «dépendance automobile».

Un double rôle fâcheux

L’idée des maires d’investir les revenus de la taxe sur le carbone dans les transports publics est une riche idée. Mais il reste à s’assurer que ces revenus sont bien investis. Or justement, l’un des problèmes ici en Colombie-Britannique est le double rôle des sociétés comme Translink qui s’occupent non seulement de transports publics, mais également de la gestion des routes et autoroutes.

Ce double rôle de Translink vient en quelque sorte brouiller la donne sur la société publique. Effectivement, on ne peut jamais être sûr si une augmentation des deniers chez Translink sera investie en transports publics ou en routes (donc en transports individuels). À Montréal par exemple, les choses sont différentes. La STM (Société de Transport de Montréal) s’occupe uniquement de transports publics (métro et bus). La gestion des routes est laissée aux municipalités. Cette division des tâches clarifie les rôles de chacun.

Translink est justement en période de réflexion et de remise en cause de ses priorités : son plan Transport 2040 imagine l’avenir des transports (et des moyens pour y arriver) de Metro Vancouver. Et la société publique encourage la participation de tous via le site web dédié à ce projet: www.bepartoftheplan.ca.

Le manque à gagner de Translink, prévu à 150 millions de dollars par année jusqu’en 2011, pourrait être financé par les revenus générés par la taxe sur le carbone ainsi que par un allégement de ses responsabilités. Conséquemment, l’on aidera non seulement les usagés des transports publics, mais l’on pourra également donner une alternative aux personnes ayant présentement besoin de leurs véhicules pour leurs besoins en transport. Et ceci bénéficiera non seulement à l’environnement, mais aussi à la société toute entière.

Frédéric Van Caenegem

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Veuillez trouver ci-bas ma première chronique publiée dans l’Express du Pacifique.

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La crise économique, une opportunité ?

Nous savons déjà depuis longtemps que, d’un point de vue social et environnemental, notre modèle de développement ne fonctionne pas.  Mais maintenant qu’il déraille aussi économiquement, n’est-il pas grand temps de repenser ce qu’est le progrès?

Le futur n’est plus ce qu’il était. C’est le titre d’un livre que j’ai lu, il y a une dizaine d’années, lorsque j’habitais à Montréal, et dans lequel des artistes, des sociologues et des savants des années 50 et 60 exprimaient leur vision de l’avenir – l’an 2000. Ce qui m’avait frappé en lisant leurs textes, c’est que la grande majorité de ces visions prédisaient une croissance économique et technologique qui améliorerait notre qualité de vie. On vivrait mieux en travaillant moins. On aurait des semaines de travail de 20 heures avec trois mois de congés payés par année. Tout cela faisait rêver, et maintenant que nous y sommes… cela fait encore rêver!

Sur un autre sujet (apparemment), neuf ans après l’an 2000, l’humanité toute entière est entrée dans une crise économique majeure, sans doute la plus importante depuis les années 30.

Mais la crise qui a frappé le secteur immobilier américain est simplement le morceau du puzzle qui a permis au reste de l’économie de s’effondrer. Les États-Unis et de nombreux autres pays dans le monde, dont le Canada, étaient dans une position précaire depuis de nombreuses années. Déficits publics et privés, balances commerciales négatives: tous étaient les signes d’un endettement endémique, endettement dû à la volonté de maintenir un certain niveau de vie.

Mais, de quel niveau de vie s’agit-il au juste? Une vie effrénée, stressante et dans laquelle, malgré le progrès technologique des 50 dernières années, nous travaillons plus et sommes de moins en moins heureux au travail. Non seulement nous travaillons beaucoup, mais nous subissons de plus en plus les conséquences sociales et environnementales négatives de cette production.

Les limites du PIB

Le PIB (Produit Intérieur Brut) est la donnée principale pour calculer la production économique des pays dans le monde. Le PIB calcule simplement la somme des activités économiques d’une région donnée. C’est une donnée utile mais qui a ses limites. Par exemple, les activités polluantes font augmenter le PIB, mais la pollution créée n’est pas comptabilisée. De plus, un produit n’est comptabilisé que si une activité marchande est échangée; ainsi, une voiture achetée en 1998 et vendue en 2006 fera partie du PIB en 1998 et 2006, mais elle «n’existe pas» les autres années. Le PIB inclut aussi des activités économiques non-productives. L’économiste anglais John Maynard Keynes illustrait cette situation ainsi: si 10 % de la population détruisaient les routes et que 10 % les réparaient, le PIB augmenterait de 20 %; cependant, rien ne serait créé.

L’augmentation du PIB est souvent l’objectif suprême des décideurs publics qui ne relativisent pas ses effets négatifs. Ces derniers cherchent donc aveuglement à augmenter la production et ce, indépendamment des conséquences. Or, il s’avère justement que l’augmentation du PIB est de plus en plus inefficace dans l’amélioration de notre qualité de vie. Et cela est même mesurable!

Depuis plusieurs décennies, nombreux sont les économistes qui cherchent des alternatives au PIB afin de calculer non pas la simple production, mais la «qualité» de la production. Il existe plusieurs indicateurs, mais l’un d’entre eux semble prendre le pas sur les autres: l’IPV (Indicateur de Progrès Véritable). Celui-ci est un indice de production économique, tel que le PIB, mais il ajuste cette production selon plusieurs facteurs tel que la distribution des revenus, le temps accordé aux loisirs, le niveau d’endettement, la criminalité, la pollution, le travail volontaire, la dégradation des ressources naturelles, etc.

La production économique augmente mais la qualité de vie ne bouge pas!

Le tableau ci-contre illustre l’évolution du PIB et de l’IPV aux États-Unis depuis 1950. Nous observons immédiatement ce que la majorité d’entre nous savent déjà: depuis ces trente dernières années, la production économique (PIB) augmente mais la qualité de vie (IPV) ne bouge pas! Les causes de cette différence sont, selon une étude de l’économiste Mark Anielski (Encompass Magazine, 1999): l’augmentation de l’écart du revenu entre les riches et les pauvres, la dégradation des ressources naturelles, la réduction du temps de loisir et l’endettement.

Repenser le développement

La réduction de la production économique (le PIB) n’est donc pas nécessairement la catastrophe apocalyptique que l’on doit craindre. Depuis 30 ans, l’augmentation de la production est annulée par les conséquences sociales et environnementales négatives de cette même production. La crise économique que nous vivons maintenant est également une opportunité unique si nous prenons le temps de prendre les décisions intelligentes qui auront des impacts positifs.

La recherche de la production à tout prix ne fonctionne plus et ses conséquences sont négatives. Il est grand temps de repenser le développement et la croissance économique afin que le futur puisse être synonyme d’amélioration de la qualité de vie telle qu’imaginée par les «futurologues» du passé.

Frédéric Van Caenegem

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