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Veuillez trouver ci-bas ma première chronique publiée dans l’Express du Pacifique.

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La crise économique, une opportunité ?

Nous savons déjà depuis longtemps que, d’un point de vue social et environnemental, notre modèle de développement ne fonctionne pas.  Mais maintenant qu’il déraille aussi économiquement, n’est-il pas grand temps de repenser ce qu’est le progrès?

Le futur n’est plus ce qu’il était. C’est le titre d’un livre que j’ai lu, il y a une dizaine d’années, lorsque j’habitais à Montréal, et dans lequel des artistes, des sociologues et des savants des années 50 et 60 exprimaient leur vision de l’avenir – l’an 2000. Ce qui m’avait frappé en lisant leurs textes, c’est que la grande majorité de ces visions prédisaient une croissance économique et technologique qui améliorerait notre qualité de vie. On vivrait mieux en travaillant moins. On aurait des semaines de travail de 20 heures avec trois mois de congés payés par année. Tout cela faisait rêver, et maintenant que nous y sommes… cela fait encore rêver!

Sur un autre sujet (apparemment), neuf ans après l’an 2000, l’humanité toute entière est entrée dans une crise économique majeure, sans doute la plus importante depuis les années 30.

Mais la crise qui a frappé le secteur immobilier américain est simplement le morceau du puzzle qui a permis au reste de l’économie de s’effondrer. Les États-Unis et de nombreux autres pays dans le monde, dont le Canada, étaient dans une position précaire depuis de nombreuses années. Déficits publics et privés, balances commerciales négatives: tous étaient les signes d’un endettement endémique, endettement dû à la volonté de maintenir un certain niveau de vie.

Mais, de quel niveau de vie s’agit-il au juste? Une vie effrénée, stressante et dans laquelle, malgré le progrès technologique des 50 dernières années, nous travaillons plus et sommes de moins en moins heureux au travail. Non seulement nous travaillons beaucoup, mais nous subissons de plus en plus les conséquences sociales et environnementales négatives de cette production.

Les limites du PIB

Le PIB (Produit Intérieur Brut) est la donnée principale pour calculer la production économique des pays dans le monde. Le PIB calcule simplement la somme des activités économiques d’une région donnée. C’est une donnée utile mais qui a ses limites. Par exemple, les activités polluantes font augmenter le PIB, mais la pollution créée n’est pas comptabilisée. De plus, un produit n’est comptabilisé que si une activité marchande est échangée; ainsi, une voiture achetée en 1998 et vendue en 2006 fera partie du PIB en 1998 et 2006, mais elle «n’existe pas» les autres années. Le PIB inclut aussi des activités économiques non-productives. L’économiste anglais John Maynard Keynes illustrait cette situation ainsi: si 10 % de la population détruisaient les routes et que 10 % les réparaient, le PIB augmenterait de 20 %; cependant, rien ne serait créé.

L’augmentation du PIB est souvent l’objectif suprême des décideurs publics qui ne relativisent pas ses effets négatifs. Ces derniers cherchent donc aveuglement à augmenter la production et ce, indépendamment des conséquences. Or, il s’avère justement que l’augmentation du PIB est de plus en plus inefficace dans l’amélioration de notre qualité de vie. Et cela est même mesurable!

Depuis plusieurs décennies, nombreux sont les économistes qui cherchent des alternatives au PIB afin de calculer non pas la simple production, mais la «qualité» de la production. Il existe plusieurs indicateurs, mais l’un d’entre eux semble prendre le pas sur les autres: l’IPV (Indicateur de Progrès Véritable). Celui-ci est un indice de production économique, tel que le PIB, mais il ajuste cette production selon plusieurs facteurs tel que la distribution des revenus, le temps accordé aux loisirs, le niveau d’endettement, la criminalité, la pollution, le travail volontaire, la dégradation des ressources naturelles, etc.

La production économique augmente mais la qualité de vie ne bouge pas!

Le tableau ci-contre illustre l’évolution du PIB et de l’IPV aux États-Unis depuis 1950. Nous observons immédiatement ce que la majorité d’entre nous savent déjà: depuis ces trente dernières années, la production économique (PIB) augmente mais la qualité de vie (IPV) ne bouge pas! Les causes de cette différence sont, selon une étude de l’économiste Mark Anielski (Encompass Magazine, 1999): l’augmentation de l’écart du revenu entre les riches et les pauvres, la dégradation des ressources naturelles, la réduction du temps de loisir et l’endettement.

Repenser le développement

La réduction de la production économique (le PIB) n’est donc pas nécessairement la catastrophe apocalyptique que l’on doit craindre. Depuis 30 ans, l’augmentation de la production est annulée par les conséquences sociales et environnementales négatives de cette même production. La crise économique que nous vivons maintenant est également une opportunité unique si nous prenons le temps de prendre les décisions intelligentes qui auront des impacts positifs.

La recherche de la production à tout prix ne fonctionne plus et ses conséquences sont négatives. Il est grand temps de repenser le développement et la croissance économique afin que le futur puisse être synonyme d’amélioration de la qualité de vie telle qu’imaginée par les «futurologues» du passé.

Frédéric Van Caenegem

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